L'auteur prolixe de notamment La Guerre des mondes, de La Machine à explorer le temps, de L'Ile du docteur Moreau ou de L'Homme invisible, a inspiré à David Lodge pour son dernier ouvrage, une biographie romancée de pas moins de 700 pages. Après avoir signé une préface pour un livre de Wells qui sortait en format de poche, David Lodge a décidé d’en savoir plus sur cet écrivain fantasque et boulimique, autant de littérature que de conquêtes féminines, l’une des grandes figures de la littérature du XXème siècle. Pour ce faire, il mêle deux techniques narratives, la biographie de H.G. Wells d’une part et un entretien fictif de l’écrivain sur les derniers jours de sa vie d'autre part.
Dans la plupart de ses 3000 écrits, H.G.Wells s’est montré un précurseur, anticipant par exemple le conflit entre la Grande Bretagne et l’Allemagne dans « La guerre dans les airs », la bombe atomique dans « La Destruction libératrice ». Ce licencié en zoologie issu d’un milieu modeste avait l’ambition de « flanquer la trousse à mes lecteurs, à perturber leur confiance béate dans les choses telles qu’elles sont, à montrer combien le vernis de la civilisation se révélerait mince et fragile si une catastrophe imprévue se produisait ».
Il n’eut de cesse de lutter pour imposer ses idées visionnaires, tant politiques que sur l’évolution des mœurs. Fervent socialiste, il intégra la Société des Fabiens, désireux de changer l'Angleterre au début du XXe siècle, favorable à la nationalisation de l'industrie et de la propriété, au partage des richesses, etc , ayant pour membre, entre autres George Bernard Shaw. Mais ce boulimique-amoureux des femmes, son libertinage forcené, partisan de l’amour libre et prônant la libération sexuelle, finirent par provoquer son éviction de ladite Société, aux idées bien que révolutionnaires mais puritaines dans l’âme.
H.G. Wells utilisa alors la littérature pour continuer à diffuser ses idées, quelquefois saugrenues, voire choquantes, comme celle de l’eugénisme. Il suffirait d'encourager tous ceux incapables de mener une vie civilisée, à cause de déficiences mentales ou de maladies génétiques et héréditaires, à ne pas se reproduire. « Il souhaitait un gouvernement mondial dirigé par une élite juste et bonne. Mais à la fin de sa vie, il a réalisé que le pouvoir absolu corrompt inéluctablement et il est devenu très amer. A un moment, il a affirmé être pour un "fascisme" libéral». Ce qui voulait dire: un pouvoir autoritaire.
Mais il avait du flair: il a été l'un des premiers à affirmer que les ressources de la planète étaient limitées et qu'il fallait non seulement se dépêcher de trouver de nouvelles sources énergétiques, mais aussi et surtout mettre en place un système de contrôle global, donc mondial.» nous dit David Lodge qui nous offre avec ce nouveau roman une peinture quasi exhaustive d’une époque charnière, à travers la vision prophétique d’un homme à la destinée hors du commun, cet homme de tempérament.
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