Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A Domi-mots

A Domi-mots

Merci aux maisons d'éditions qui me font confiance en me proposant des partenariats et aux auteurs qui m'adressent leurs derniers ouvrages. Chaque chronique est partagée sur mes comptes Facebook, Babelio et Twitter


D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Ed. JCLattès, parution 26/08/2015

Publié par Dominique84 sur 21 Septembre 2015, 15:34pm

Catégories : #Mes lectures

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan
D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Coup de coeur de la rentrée littéraire 2015

Pour résumer ce livre, citons une phrase de Raymond Queneau tirée de son roman Le Dimanche et la vie : « Les personnages de ce roman étant réels, toute ressemblance avec des individus imaginaires, serait fortuite »

Delphine de Vigan s’octroie le rôle principal de cette histoire en imaginant ou pas, une intrigue quasiment menée à la façon d’un thriller psychologique. Tout est là pour que le lecteur soit happé par cette histoire qui est loin d’être rocambolesque puisqu’elle a l’accent de la vérité. Récit ? Roman ? L’auteure se joue du lecteur qu’elle transforme en lecteur indiscret de son journal intime.

3 parties, 3 étapes dans l’élaboration de ce grand projet qu’est l’écriture du roman, ce roman que nous lisons avec un intérêt grandissant page après page.

Dure tâche pour un écrivain d’écrire après une histoire vraie, celle de son précédent roman « Rien ne s’oppose à la nuit », consacré à sa mère. « Le livre avait bouclé la boucle, brisé l’alchimie, mis un terme à l’élan. Il fallait écrire ensuite une fiction, n’avoir aucun compte à rendre au réel » Mais l’inspiration n’est pas au rendez-vous, d’autant qu’elle réalise qu’écrire un livre sur sa famille est comme une bombe à retardement causant blessures, ruptures et procès d’intention. Qui est ce mystérieux auteur de lettres d’injures qu’elle reçoit épisodiquement ? Qui peut donc l’accuser d’avoir falsifié la vraie histoire de sa famille, d’avoir donner en pâture au public les secrets de sa famille ? Quelles sont ses raisons, si ce n’est la déstabiliser et l’empêcher d’écrire à nouveau.

Alors qu'elle traverse un grand moment de doute, d’angoisse de la page blanche, de « l’écran noir » arrive celle par qui tout allait recommencer (peut-être). Rencontrée au hasard d’une soirée chez des amis, L. est un de ces écrivains dont le talent est de raconter la vie des autres, l’auteur anonyme des célébrités, celle qui fait partie de « l’espèce littéraire invisible, celle qui termine son récit par le mot FIN accompagné d’un astérisque, petite marque distinctive que l’on retrouvera d’ailleurs, comme un pied-de-nez, à la fin du roman de Delphine de Vigan.

A l’aide des notes inscrites sur son agenda, Delphine remonte le temps et se remémore comment la relation avec L. a évolué lentement d’une amitié à une fusion malsaine. L. qui incarnait la grâce, l’assurance et la féminité était « entrée dans sa vie », pire conduisait sa vie pour finir, la vampirisait. Qui ne rêve pas d’avoir une amie à qui l’on se confie, s’abandonne aux moments difficiles de sa vie, lorsque comme Delphine l’on est en perte d’inspiration, l’on voit ses enfants quitter le foyer familial pour l’université, accepter que son compagnon, François, la délaisse le temps d’un reportage sur les grands écrivains américains ?

Plus que dans Misery de Stephen King, où une fan d’un écrivain, le kidnappe et le martyrise afin qu'il écrive une suite au héros de son roman, « D’après une histoire vraie » décrit et détaille les mécanismes insidieux de la prise de pouvoir d’un être sur un autre.

Delphine de Vigan brise aussi les chaînes de l’écriture romanesque et nous livre une réflexion percutante sur la littérature et le devenir du roman. En multipliant les effets du réel pour faire croire à une vérité, La vérité, Delphine de Vigan pose la question de la « pure » fiction. Peut-on être sûr qu’un écrivain, même s’il invente une histoire, ne mêle pas à son récit des faits de son passé, une part de lui-même, de son intimité ? Et inversement .

La littérature a subi une mutation, elle ne sert plus seulement à rêver, les films sont là pour ça ! Le lecteur d'aujourd'hui a besoin « d’un fil, d’un motif, d’une faille qui le relie au texte, même si l’on transpose, condense, déplace, travestit la vérité ». Les lecteurs sont attirés par les autobiographies ou tout au moins désirent la traquer dans chaque ligne écrite par un écrivain.

« Dès qu’une vérité dépasse 5 lignes, c’est du roman » Jules Renard.

Commenter cet article

dasola 05/11/2015 15:57

Rebonjour Dominique, je n'ai encore rien lu de Delphine LeVigan. Je lirais peut-être celui-ci d'autant plus qu'il a reçu le prix Renaudot. Bonne après-midi.

Denis 21/09/2015 20:12

Je n'ai jamais lu cette auteure et elle semble vraiment le mériter.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents