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A Domi-mots

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La petite barbare d’Astrid Manfredi, Ed. Belfond

Publié par Dominique84 sur 7 Février 2016, 15:33pm

Catégories : #Mes lectures, #Belfond

C’est un livre coup de poing, un récit percutant et terrifiant. La petite barbare, comme l’ont appelée ses codétenues, se livre sans détours dans ce long monologue.

Elle a 23 ans, elle vit déjà dans le dégoût de la vie, elle se dit être écœurée, laminée, épuisée mais pas honteuse. Enfermée dans sa cellule, elle passe son temps à penser, à se remémorer les étapes de sa vie, à ce qui l’a amenée dans cette lugubre cellule, à vomir sa haine. « Je ne crois pas à une fatalité des lieux qui t’inscrirait dans la géographie du néant » se dit-elle.

Père chômeur, mère femme de ménage dans les bureaux de la Défense, elle a vécu toute son enfance dans une banlieue triste où la violence est banalisée, une jungle où tous les moyens sont bons pour se sortir de là, encore faut-il en avoir l’envie. Elle a grandi au milieu des disputes et des cris, des regrets, des remords, des insultes, des manques qu’ils soient d’argent ou d’affection. Ceux qui l’entourent sont des désabusés de la vie, des oubliés de la bonne étoile. Elle a eu tout loisir de les observer durant son enfance, elle les appelle « les noyés ».

Heureusement il y a les livres, la seule porte vers un ailleurs, un monde sans limites. Les histoires des autres lui permettent de zapper la sienne. Ils lui permettent d’oublier le tumulte, la haine, le sordide et surtout de patienter, car cette vie-là, celle de ses parents et de ses proches, elle n’en veut pas et elle ne l’aura pas.

L’adolescence est l’âge de tous les rêves, celui de croire que le monde nous appartient. Mais on n’échappe pas à son destin, surtout si celui-ci a été tout tracé, on croit qu’on le maîtrise, qu’on peut se libérer du joug de la fatalité. Mais on choisit le mauvais chemin, c’est celui de la facilité. C’est le chemin qui mène à la haine de son prochain et de soi-même. C’est la plongée dans la drogue, l’alcool, l’argent gagné du désir des hommes qu’elle sait attiser. Son corps comme son âme ne lui appartiennent plus, elle les offre sans contrainte à ceux qu’elle pense être des jouets dans ses mains. Elle se nourrit de la faiblesse des autres, la nature l’a fait naître belle et attirante, ce sera ses armes pour le pire et jamais le meilleur. L’argent gagné, elle le donne à Esba, il la fascine. Sous son influence, elle va se perdre dans une spirale infernale. Ce sera un duo macabre qui chasse sa proie la nuit tombée et dont elle est l’appât, un duo qui s’enrichira à coup de manipulation et tortures. « Le poison de la vie facile s’est installé en moi. Je n’ai pas d’antidote »

C’est un livre coup de poing, un récit percutant et terrifiant. La petite barbare, comme l’ont appelé ses codétenues, se livre sans détours dans ce long monologue. C’est une histoire qui nous met tour à tour en colère, mal à l’aise et nous laisse un goût amer dans la bouche. Elle paye sa dette à la société, la prison est là pour ça, est-ce pour cela qu’elle aura à sa sortie, une autre vision de la société ? C’est un récit noir, réaliste parce que l’auteur n’a pas peur des mots, elle se joue des effets de style. Il s’en dégage pourtant une poésie fascinante qui vous fait frissonner d’effroi. Le Beau est dans le Mal, c’est ce qui nous dérange et nous interpelle dans ce roman. Un premier roman courageux, audacieux et maîtrisé.

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