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A Domi-mots

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Sorj Chalandon - Le jour d'avant - Grasset

Publié par Dominique84 sur 29 Juillet 2017, 15:33pm

Catégories : #Mes lectures, #Grasset

Sorj Chalandon, le jour d'avant

 

Il y a un peu plus de quarante ans,  précisément à 6 h 19 ce matin du 27 décembre 1974, une explosion retentit dans la fosse 3 de Lens à plus de 700 mètres de profondeur. Un terrible coup de grisou.

“À 8 h, la nouvelle se répand dans les corons. Les familles qui accourent se heurtent aux grilles fermées. À chaque nom de victime un cri déchire le silence  », raconte Laurent Duporge, le maire de Lens lors de l’hommage rendu aux victimes de la catastrophe, en ce 27 décembre 2016.

Dans cet éblouissant roman-documentaire, Sorj Chalandon rend à sa façon hommage à ces 42 mineurs dont la vie a été arrachée sous terre laissant plus d’une centaine d’orphelins. Il nous plonge dans les corons du  Nord-Pas-De-Calais et dans le monde de ses hommes qui étaient tous des mineurs. Ces hommes qui ont payé de leur vie le droit de travailler “parce qu’ils aimaient leur métier comme on aime un pays” chantait Pierre Bachelet.

On a essayé de faire passer cet accident comme une fatalité et pourtant il aurait pu être évité si toutes les consignes de sécurité avaient été respectées.

A travers l’histoire de la famille Flavent, Sorj Chalandon nous immerge dans la noirceur d’une société où le travail rime souvent avec mort. Qu’elle soit causée par la silicose ou le coup de grisou, la mort rôde dans ces souterrains privés d’air. Un père de famille n’a qu’un rêve pour ses enfants, c’est qu’aucun de ses fils ne trouvent travail dans la mine. Malgré ses recommandations, Joseph, le fils aîné de la famille Flavent va intégrer l’effectif des mineurs de Lens. Michel, son petit frère nous raconte. Il nous raconte ses moments d’intenses complicité avec Joseph, quand ils partaient en mobylette sillonner la ville. Il admirait Joseph autant qu’il pouvait l’aimer, comment pourrait-il survivre si Joseph disparaissait ?

Il dut pourtant dépasser affronter cette dure épreuve et il y parvint  tant bien que mal en se persuadant qu’un jour il vengerait la mort de Joseph. Toute sa vie durant, il va rassembler documents, coupures de journaux relatant la terrible catastrophe du 27 décembre 1974, certain que la faute incombait à un homme et non à la fatalité. Ce contre-maître assassin qui avait laissé l’équipe descendre dans le trou, il faudrait qu’il paye pour tout le malheur qu’il avait engendré par sa négligence et son souci de rendement .

Michel ira jusqu’au bout de son obsession et son geste maladroit et longuement prémédité va l’emmener bien au-delà de ce qu’il projetait. . En tuant cet homme, il pensait se libérer de son passé, c’est l’inverse qui se produira.

La douleur et la culpabilité égarent.

Un roman écrit avec une précision d’orfèvre, les lieux, le travail, les personnages sont décrits avec force détails. On ressent une véritable empathie pour l’enfant que fut Michel, pour l’homme qui nous explique ce qui l’a animé jusqu’à ce qu’il commette “sa mission” et celui qui à son procès, réalisera que … impossible d’en dire plus, il faut lire ce roman !

Parmi les grands moments de ce roman, je pointe les plaidoiries de l’avocat général et l’avocate de la défense, 2 mondes s'interpellent, 2 régions, 2 sociétés, un grand moment de lecture !

Je remercie les éditions Grasset et NetGalley qui m’ont permis de lire ce superbe roman en avant-première.

Citations

"Venge-nous de la mine", avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui avais promis. À sa mort, mes poings menaçant le ciel. Je n'ai jamais cessé de lui promettre. J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. J'allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d'Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de La Mûre, qu'une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J'allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant. 

Page 130, Grasset, 2017.

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