Publié le 27 Septembre 2015

Boulevard des Pyrénées
Boulevard des Pyrénées

Pau, Boulevard des Pyrénées, nous sommes en Novembre. Le décor est planté, le narrateur commence son récit alors qu’il est dans le train qui l'amène à Pau pour participer au Salon du Livre qui se déroule au Palais Beaumont. C’est une affaire de 2 jours et il retrouvera ensuite sa Lorraine natale.


Mais cette année, une rencontre va chambouler cette habitude. Une jeune femme toute de noir vêtue, aux yeux d’un bleu intense se trouve face à lui dans le train. Il est subjugué au premier regard. Elle lui propose ensuite de lui servir de guide. Comment résister à cette séduisante invitation ? Il décide alors de prolonger son séjour sans rien dire à sa compagne du véritable objet de sa décision. Mais Il ne se ment pas à lui-même, il sait qu’il reste à Pau non pas pour découvrir la ville et ses atours mais pour Elle, cette jeune et mystérieuse femme brune. Elle l’enchante, le séduit, l’ensorcèle. Le « A demain » qu’elle lui lance le soir est une invitation à laquelle il ne peut résister. Et chaque soir, en rentrant à l’hôtel il consigne ses impressions ; c'est le début de son prochain roman.


Le Boulevard des Pyrénées, situé en bord de falaise et d’où l’on peut contempler au loin le spectacle de la chaîne des Pyrénées, devient leur point de rendez-vous quotidien. Ce lieu magique par son paysage changeant donnera naissance à une passion dévorante qui ne laisse place à aucune culpabilité vis-à-vis de sa compagne. C’est plus fort que lui, cette jeune femme l’intrigue autant qu’elle le séduit. Qui est-elle vraiment ? Celle qui se dit être chercheur sur un projet d’intelligence artificielle philosophe le lendemain sur les lois de la conscience s’appuyant sur la pensée rabelaisienne « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ? Un grain de beauté que l’on ne voit plus le lendemain, un parfum vanillé qui disparaît pour un doux effluve d’Ylang Ylang ? Lui qui se sentait homme libre ne serait-il pas in fine, piégé dans la toile savamment tissée par cette femme qu’il a virilement possédée et dont il ne connaît même pas le prénom ?


« Ce sont nos sens qui alimentent nos passions. Et c’est parce que nous pensons que nous vivons… Descartes voyait juste avec son « Cogito ergo sum » j’ai la certitude maintenant qu’il me faut compléter sa vision d’un « Je sens, donc je suis ».


C’est un roman dans le roman auquel l’auteur nous invite, une mise en abyme réussie pour cet auteur pour qui « Un écrivain n’est qu’un rapporteur d’expériences ».

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 23 Septembre 2015

Lyliane Mosca "La villa Amarante", Ed. Presses de la Cité, en librairie le 10 septembre 2015

Voilà 13 ans que Victor est mort, 13 ans que Natacha survit à l’homme de sa vie dans sa belle villa au charme suranné. Avant de s’en aller à son tour, il lui reste une tâche à accomplir. Et dans sa longue vie qui a connu tant de rebondissements, ce sera le dernier défi qu’elle se lance, le défi de la vengeance.

Âgée maintenant de 75 ans, il est temps pour elle d’ouvrir la porte à ce secret, farouchement emprisonné dans son cœur. Ses revenus confortables lui permettent d’assurer l’entretien de la Villa Amarante avec à son service, Léane, fraîchement embauchée et Vincent, son jardinier.

Volontaire, dure, parfois intransigeante, directive dans ses paroles, autoritaire et colérique, Natacha paraît parfois si fragile, « comme une petite fille effarouchée » dira Vincent.

Qu’a-t-elle vécu, que cache-t-elle pour lui avoir forgé un tel caractère ?

Tout est écrit dans un journal intime qu’elle tient caché dans sa chambre mais qui va pourtant tomber sous le regard indiscret de Vincent. Poussé par la curiosité, il va se plonger dans les souvenirs de la vieille dame mystérieuse mais il va s’apercevoir bien vite que certaines pages ont été arrachées. Pourquoi ? Que cache-t-elle de si inavouable à son journal intime ?

Bouleversés par cette lecture, Vincent et Léane, à qui la vie n’a pas souri jusqu'à présent, sombrent tous deux dans le désespoir. Ils vont trouver dans ces pages la force de lutter contre mauvaise fortune. Natacha, Ukrainienne de naissance qui a connu la guerre, l’orphelinat, la misère, le travail en usine devient leur modèle car elle a toujours gardé espoir, est toujours restée droite et déterminée. Mais que lui reste-t-il à accomplir ? Au crépuscule de sa vie, Il lui manque un épisode à écrire dans son journal , éclairer cette zone sombre de sa vie, affronter ceux qui l’ont meurtrie et enfin vivre en paix. Mais c'était sans compter le hasard des rencontres.......

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 22 Septembre 2015

Tatamkhulu Afrika, Paradis Amer
Tatamkhulu Afrika, Paradis Amer

Né en Egypte en 1920, d’un père Egyptien et d’une mère turque, tous deux décédés de la grippe peu de temps après leur arrivée en Afrique du Sud, l’auteur va être adopté ; il va d'ailleurs endosser jusqu'à 5 identités différentes au cours de son existence. Tatamkhulu Afrika sera son dernier nom, après s’être converti à l’islam en 1964 quand il s’installe définitivement au Cap ; Tatamkhulu Afrika voulant dire « Grand-père de l’Afrique ».

C’est à 17 ans qu’il écrit son premier roman, malchance sa maison d’édition est bombardée et on ne retrouvera dans les décombres que seulement 2 exemplaires de son roman.

Il fut combattant pour l’Afrique du Sud dans la campagne d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre Mondiale et capturé à Tobrouk en Lybie puis transféré dans les camps de prisonniers de guerre en Italie.

Durant sa vie, il fit tous les métiers pour survivre et recommença à écrire à plus de 60 ans, de la poésie notamment, illégalement puisque son statut de « bannis » le lui interdisait. Les bannis n’avaient pas le droit de parler en public et de publier des écrits. De par ses origines, il aurait pu se déclarer blanc mais au contraire il rejoignit le bras armé de l’African National Congress, ce qui lui valu un emprisonnement en 1987 pour ses activités révolutionnaires.

Ce récit, « Paradis amer » écrit près d’un demi-siècle plus tard et qui relate ses années de détention sera publié en 2002 au Royaume Uni. Tatamkhulu Afrika reçut des éloges posthumes pour ce roman puisqu’il mourut 2 semaines plus tard après sa publication, à l’âge de 82 ans.

C’est un récit autobiographique qui retrace ses années de détention durant la seconde guerre mondiale et qui aborde le délicat sujet de l’amour entre hommes. Une caresse qui effleure la joue, la peau contre celle d’un autre homme, des paroles d’apaisement dans la tourmente, le chaos, l’isolement et la souffrance dans ce camp vont faire germer miraculeusement une histoire d’amour, l’amour vrai. C’est la description de la vie dans ces camps où ils sont traités pire que des bêtes, tiraillés par la faim, où dans cette promiscuité abjecte, les hommes se cherchent une part d’humanité. Dans ce tumulte effroyable, les amitiés se créent, se défont, se transforment au fil du temps vers un amour inavouable que la morale interdit. Il n'y a pas d'amour sans désir.

L’écriture est dépouillée d’effet de style, l’auteur va à l’essentiel dans ses descriptions qu’elles soient d’ordre physiques ou émotionnelles. Un grand moment de lecture

Tout y est cru mais vrai !

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 21 Septembre 2015

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan
D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Coup de coeur de la rentrée littéraire 2015

Pour résumer ce livre, citons une phrase de Raymond Queneau tirée de son roman Le Dimanche et la vie : « Les personnages de ce roman étant réels, toute ressemblance avec des individus imaginaires, serait fortuite »

Delphine de Vigan s’octroie le rôle principal de cette histoire en imaginant ou pas, une intrigue quasiment menée à la façon d’un thriller psychologique. Tout est là pour que le lecteur soit happé par cette histoire qui est loin d’être rocambolesque puisqu’elle a l’accent de la vérité. Récit ? Roman ? L’auteure se joue du lecteur qu’elle transforme en lecteur indiscret de son journal intime.

3 parties, 3 étapes dans l’élaboration de ce grand projet qu’est l’écriture du roman, ce roman que nous lisons avec un intérêt grandissant page après page.

Dure tâche pour un écrivain d’écrire après une histoire vraie, celle de son précédent roman « Rien ne s’oppose à la nuit », consacré à sa mère. « Le livre avait bouclé la boucle, brisé l’alchimie, mis un terme à l’élan. Il fallait écrire ensuite une fiction, n’avoir aucun compte à rendre au réel » Mais l’inspiration n’est pas au rendez-vous, d’autant qu’elle réalise qu’écrire un livre sur sa famille est comme une bombe à retardement causant blessures, ruptures et procès d’intention. Qui est ce mystérieux auteur de lettres d’injures qu’elle reçoit épisodiquement ? Qui peut donc l’accuser d’avoir falsifié la vraie histoire de sa famille, d’avoir donner en pâture au public les secrets de sa famille ? Quelles sont ses raisons, si ce n’est la déstabiliser et l’empêcher d’écrire à nouveau.

Alors qu'elle traverse un grand moment de doute, d’angoisse de la page blanche, de « l’écran noir » arrive celle par qui tout allait recommencer (peut-être). Rencontrée au hasard d’une soirée chez des amis, L. est un de ces écrivains dont le talent est de raconter la vie des autres, l’auteur anonyme des célébrités, celle qui fait partie de « l’espèce littéraire invisible, celle qui termine son récit par le mot FIN accompagné d’un astérisque, petite marque distinctive que l’on retrouvera d’ailleurs, comme un pied-de-nez, à la fin du roman de Delphine de Vigan.

A l’aide des notes inscrites sur son agenda, Delphine remonte le temps et se remémore comment la relation avec L. a évolué lentement d’une amitié à une fusion malsaine. L. qui incarnait la grâce, l’assurance et la féminité était « entrée dans sa vie », pire conduisait sa vie pour finir, la vampirisait. Qui ne rêve pas d’avoir une amie à qui l’on se confie, s’abandonne aux moments difficiles de sa vie, lorsque comme Delphine l’on est en perte d’inspiration, l’on voit ses enfants quitter le foyer familial pour l’université, accepter que son compagnon, François, la délaisse le temps d’un reportage sur les grands écrivains américains ?

Plus que dans Misery de Stephen King, où une fan d’un écrivain, le kidnappe et le martyrise afin qu'il écrive une suite au héros de son roman, « D’après une histoire vraie » décrit et détaille les mécanismes insidieux de la prise de pouvoir d’un être sur un autre.

Delphine de Vigan brise aussi les chaînes de l’écriture romanesque et nous livre une réflexion percutante sur la littérature et le devenir du roman. En multipliant les effets du réel pour faire croire à une vérité, La vérité, Delphine de Vigan pose la question de la « pure » fiction. Peut-on être sûr qu’un écrivain, même s’il invente une histoire, ne mêle pas à son récit des faits de son passé, une part de lui-même, de son intimité ? Et inversement .

La littérature a subi une mutation, elle ne sert plus seulement à rêver, les films sont là pour ça ! Le lecteur d'aujourd'hui a besoin « d’un fil, d’un motif, d’une faille qui le relie au texte, même si l’on transpose, condense, déplace, travestit la vérité ». Les lecteurs sont attirés par les autobiographies ou tout au moins désirent la traquer dans chaque ligne écrite par un écrivain.

« Dès qu’une vérité dépasse 5 lignes, c’est du roman » Jules Renard.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 20 Septembre 2015

Le doute de S.K. TREMAYNE, Ed. Presses de la Cité, 379 pages, en librairie dès le 3 septembre 2015

Angus et Sarah sont des trentenaires à qui tout semble réussir. Angus est architecte, Sarah écrit des articles, ils sont mariés, vivent dans un superbe appartement à Londres et ont donné naissance à deux superbes jumelles, Lydia et Kirstie. Le bonheur irradie autour d’eux comme un soleil qui éblouit leur entourage. Mais, un drame va réduire en éclats cette plénitude ; l’une des jumelles va tomber d’un balcon et mourir des suites de ses blessures. Comment se reconstruire après ce deuil ? Comment survivre à cette immense douleur ? Comment avoir la force et le courage de vivre si ce n’est pour leur autre fille que le sort a amputé d’une partie d’elle-même ?

« Lydia est tombée » c’est le cri de Kirstie qui retentira à jamais dans la tête de Sarah, culpabilisée pour l’éternité de n’avoir pas surveillé ses filles. Que faisaient-elles là-haut plutôt que dans leur chambre, et Sarah, que faisait-elle ?

Nul n’est coupable mais tous sont responsables.

Angus sombre dans l’alcool perd son emploi puis se ressaisit. Il leur faut vendre leur appartement et s’installer en Ecosse, dans les Hébrides, dans le cottage hérité de la grand-mère d’Angus. Nouveaux lieux, nouveau départ pensent-ils… ! Mais rien ne se passe comme prévu. Outre la dureté du climat de cette île et l’inconfort de la maison, il y a plus grave. Kirstie, leur fille survivante s’entête à dire qu’elle est en réalité Lydia. Le doute s’installe peu à peu chez Sarah. Elles se ressemblaient tant, comment savoir ?

Le suspense s’étire jusqu’à l’extrême fin du roman où le dénouement est bien loin de ce que l’on avait supposé. Que s’est-il réellement passé ce jour là quand une des fillettes est tombée ? Le poids du secret est un poison.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 9 Septembre 2015

Les bannis Laurent Carpentier, Ed. Stock, 19 août 2015

Avec ce récit qui couvre 5 générations, Laurent Carpentier nous conte l'histoire de sa famille, remonte aux sources de son existence sur terre mais il prévient le lecteur " Ce n'est pas l'histoire d'une famille mais les méandres de son âme torturée que je poursuis pas à pas dans l'obscurité".

Les personnages de cette saga s'invitent tour à tour dans cette histoire et même si parfois l'on s'y perd, ne sachant plus qui est qui, cela n'a au fond aucune importance. C'est l'histoire des Carpentier, des Salomon, des Habib, des fantômes de l'hôtel Chatillon de la rue Payenne à Paris où il est né et de ceux des cités banlieusardes du Plessis-Robinson où il a grandi. "Une famille parmi mille autres, exemplaires comme mille autres. La mienne". Au début, on fait l'effort des retours en arrière, on ne se souvient plus qui est Henri, qui est Raymonde, qui est qui… et puis, on abandonne en se laissant emporter par le récit. Un récit où il ressuscite les membres de sa famille, ces paysans, ces prolétaires, cette bourgeoisie où catholiques et juifs se réunissent toujours sur le fil conducteur du communisme. On ressent une grande empathie pour tous ces personnages dont la destinée est décrite avec l’accent de la vérité. Puis, on finit par comprendre que l'auteur, même s’il nous parle de ses origines, de sa filiation, nous conduit vers un autre chemin que la simple lecture, il nous amène à nous interroger sur nos propres origines, notre existence.

Plus qu'une saga, ce récit est une réflexion sur la vie, la place que l'on occupe sur terre, son avenir quand on porte dès la naissance le poids du passé de sa famille. En cherchant à les connaître pour les comprendre, on arrive à se comprendre à soi-même.

Citations : "On ne transforme pas le passé, on le dépasse. On ne construit pas l'avenir, on se décide à le vivre... C'est la vie qui nous échoit, pas la mort".

"A mesure que je plonge dans les pages, je découvre que tous ces personnages me racontent, comme un puzzle... J'ai grandi à l'ombre de ces bannis, sous leur soleil aussi".

"Nous nous résumons à une histoire racontée".

Beaucoup d’émotion pour ce beau roman sur les origines.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 7 Septembre 2015

Tourner la page d’Auður Jónsdóttir, Ed. Presse de la Cité, août 2015

C’est le premier roman de l’auteure traduit en France. Petite-fille d’un Prix Nobel de littérature, l’auteur est à la fois romancière, dramaturge et journaliste. Elle a écrit en tout 6 romans qui furent chaque fois salués par la critique islandaise.

Eyja, le personnage principal de ce roman n’a qu’un but dans sa vie, elle veut écrire un roman. Mais comment y parvenir alors qu’on vit dans le monde étriqué de son petit village de pêcheurs islandais, accompagnée d’un mari alcoolique qu’elle appelle « coup de vent » tant il est absent ? Eyja s’étiole, les années sont autant de boulets qui l’entravent et malgré sa jeunesse, elle n’a plus d’allant. Aurait-elle eu le courage de s’arracher de cet enfer moite dans lequel elle asphyxie si sa grand-mère n’avait pas pris en main son destin en lui offrant un nouveau départ et lui faire ainsi tourner la page ? « S'il t'est véritablement impossible de prendre soin de toi, veux-tu au moins me faire le plaisir de t'occuper de ton roman ? » lui dit-elle. Eyja déplore de ne pas ressembler aux femmes de sa famille, elle n’a pas le caractère bien trempé de sa mère, de sa grand-mère et de sa cousine qui va l’accueillir en Suède. C’est un roman d’initiation auquel l’auteure nous invite, un roman où Eyja s’émancipe et s’affranchit. Ecrire c’est la liberté retrouvée. A travers ses mots vrais et imagés, on découvre l’Islande, la Suède, leurs paysages, leurs coutumes, leurs quotidiens ; le dépaysement est garanti !

C’est un roman qu’il faut apprivoiser pour le savourer car la construction du récit est rythmée par des allers-retours incessants dans la vie d’Eyja, ce qui perturbe la compréhension au début de la lecture. Il faut s’accrocher et se laisser porter par l’histoire de cette jeune femme qui doit aller jusqu’au bout de ses rêves et nous entraînant dans son sillage.

« Nous sommes les décisions que nous prenons ».

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 2 Septembre 2015

Place Colette, Nathalie Rheims
Place Colette, Nathalie Rheims

Le titre du 17ème roman de l’auteure est l’adresse de la Comédie-Française , lieu névralgique puisque c’est là que son destin va prendre forme. Nathalie Rheims y connaîtra une double passion, une double épiphanie : celle du théâtre et de l’amour, un amour qui fait grandir et s’accepter.

Clouée au lit, corsetée pendant près de 3 ans suite à une erreur de diagnostic, la narratrice entame l’histoire de sa résurrection après une opération chirurgicale miraculeuse. Mais le retour à la normalité et à la scolarité va s’avérer encore plus pénible. « A 12 ans, je ne savais pas quoi faire de cette vie. Elle me pesait autant que mon corps m’encombrait ».

Durant toutes ces années d’immobilité, la lecture a été sa seule évasion possible ; elle passait son temps en compagnie de Balzac, Zola, Flaubert et fuyait autant que se peut, celle de son entourage. « Moi aussi, un jour, j’écrirai, pour m’extraire du monde, pour être libre » se disait-elle en observant son écrivain de père.

Seul le monde des adultes l’intéressait, elle les observait et se passionnait pour leur complexité. Durant cette année de renaissance, elle n’eut qu’une amie, Isabelle, son double, son contraire, celle qui incarnait la liberté opposée à la rigidité bourgeoise et les non-dits dans sa famille.

Roman initiatique, « Place Colette » est l’histoire d’une double passion, celle pour le théâtre et celle pour un acteur de 30 ans plus âgé qu’elle, les deux passions étant intimement liées. Vivre cette double passion lui sera le défi qu’elle va s’imposer pour se libérer du carcan de l’adolescence, elle qui n’avait pas eu d’enfance. Conquérir cet homme, sociétaire de la Comédie Française, serait pour elle cette bataille « celle par laquelle je me reconstruirais ; moi seule l’avais choisi, il était à moi ». Elle a 13 ans, il en a 43 ! Nathalie Rheims n’en dit pas plus, laissant au lecteur le soin de deviner d’après les quelques indices glissés dans le roman. Mais au fond, quelle importance ? Cet homme, quel qu’il soit, et la passion clandestine qu’ils vivront tous deux, la sauveront de la léthargie et du mal-être de l’adolescence.

Roman d’amour, autofiction, Place Colette a les accents de la vérité, ceux que le lecteur apprécie et qui lui font ne jamais lâcher le roman jusqu’à la fin. « C’est mon premier livre charnel » confie-t-elle lors d’une interview.

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Rédigé par Dominique84

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