Publié le 13 Février 2016

"Zazous" est un superbe roman historique qui nous fait entrevoir les années noires de l'Occupation sous un autre angle, celui d'une jeunesse qui ne s'est jamais senti perdue, qui a refusé la peur, une jeunesse que le swing aura porté jusqu'à la fin des hostilités.

Le Café Eva, à quelques pas du Parc Montsouris, 13 juillet 1940, c'est le lieu où se réunit une petite bande d'amis, la bande des J3, catégorie des adolescents âgés de 13 à 21 ans selon la nouvelle classification des Français. Parmi les habitués du Café, il y a Josette, Lucienne, Charlie, Odette et Sarah, Pierre et Jean, certains sont encore lycéens, d'autres étudiants, d'autres encore sont déjà dans la vie active.

Ils ont entre 15 et 20 ans, ils ont la vie devant eux et croient en un horizon si assombri soit-il. Ils ne veulent pas se laisser abattre par l'Histoire de leur pays, par cette capitulation qui déshonore leurs anciens. Rien ne pourra ternir la fougue, l'insolence et l'insouciance de leur jeunesse. Ils ont une passion en commun, le Jazz. " Le Jazz est la secousse qui a aidé la musique moderne à voir clair en soi. Fermer l'oreille au Jazz, c'est se condamner à ne pas entendre les appels pressants du monde contemporain", ce Jazz "nègre" interdit à la radio allemande depuis 1935. Car le "swing fait dans danser les gens au lieu de les faire marcher au pas ! le swing les fait exulter au lieu de les mettre au garde à vous ! Le swing symbolise la liberté".

Pour montrer leur révolte face aux nouvelles interdictions décrétées durant l'Occupation, il y a le Jazz, ce sera leur arme. Ils porteront du "Swing", des vêtements aux couleurs criardes où dominent le bleu, le blanc et le rouge. L'excentricité de la tenue vestimentaire doit montrer leur rebellion contre l'austérité et les restrictions. Le mouvement "Zazou" c'est "un étrange mélange de frivolité et de noirceur qui fait la couleur de cet automne 1940". Paris compte désormais plus de 60000 chomeurs, on commence à distribuer des tickets de rationnement et c'est le début de ce qu'on appellera plus tard "l'épuration juive".

Plus qu'un mouvement de mode, les Zazous veulent symboliser une attitude politique, un mouvement de pensée, de ralliement de la jeunesse contre l'occupant. Ainsi, contre le décret sur la récupération des cheveux coupés, ils arborent une chevelure dense et longue, contre les restrictions de tissus, on augmente la longueur des vetements. Plus qu'un uniforme, c'est une façon de s'opposer au désespoir de la France qui connait une des plus graves dépressions économique de son histoire : zonage du pays, pillage allemand, blocus anglais.

Ils se regroupent, ils manifestent à leur façon et croient à leur action. Si bien que peu à peu, ils commencent à déranger les autorités et les première représailles ne tardent pas à tomber. On ferme 37 établissements supérieurs et 5 Universités dont la Sorbonne.

Au fil des années d'occupation, les actions "zazous" se multiplient comme celle par exemple de saboter les séances de cinéma, huer les projections des actualités, déposer une gerbe sous l'Arc de Triomphe le 11 novembre, puis c'est la "campagne des V" lancée par la BBC. Il faut tracer des V (pour victoire) partout où c'est possible. En morse le V se traduit par 3 coups brefs suivis d'un long, ce qui correspond exactement aux 1ères mesures de la 5ème Symphonie de Beethoven et la transcription musicale de la lettre V débutera d'ailleurs le générique des "Français parlent aux Français".

Meme si les actions zazous restent pacifiques, elles commencent à inquiéter l'occupant, les journaux collaborationnistes vont d'ailleurs titré " Il faut éliminer le venin de l'Amérique. D'autant qu'en signe de solidarité, les zazous vont arboré à leur tour une étoile où sera inscrit " zazou swing". Certains seront arrêtés, déportés.

En 1945, c'est la Libération, "la France collabo va céder la place à la France haineuse". Pour les zazous, c'est la fin de la jeunesse, la fin du rêve. Traqués par les Allemands et les collaborateurs, rejetés par la Résistants qui ne virent dans leurs actions que futilité et insignifiance, le mouvement zazous va s'éteindre comme une allumette qu'ils n'oublieront jamais de casser en forme de V en souvenir de leur lutte.

"Zazous" est un superbe roman historique qui nous fait entrevoir les années noires de l'Occupation sous un autre angle, celui d'une jeunesse qui ne s'est jamais senti perdue, qui a refusé la peur, une jeunesse que le swing aura porté jusqu'à la fin des hostilités. Un roman musical également où l'on croise les grands du Jazz comme pour ne citer qu'eux, Duke Ellington, Django Reinhardt, etc...

 

Zazous de Gérard de Cortanze, Ed. Albin Michel

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Rédigé par Dominique84

Publié dans #Mes lectures

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Publié le 7 Février 2016

C’est un livre coup de poing, un récit percutant et terrifiant. La petite barbare, comme l’ont appelée ses codétenues, se livre sans détours dans ce long monologue.

Elle a 23 ans, elle vit déjà dans le dégoût de la vie, elle se dit être écœurée, laminée, épuisée mais pas honteuse. Enfermée dans sa cellule, elle passe son temps à penser, à se remémorer les étapes de sa vie, à ce qui l’a amenée dans cette lugubre cellule, à vomir sa haine. « Je ne crois pas à une fatalité des lieux qui t’inscrirait dans la géographie du néant » se dit-elle.

Père chômeur, mère femme de ménage dans les bureaux de la Défense, elle a vécu toute son enfance dans une banlieue triste où la violence est banalisée, une jungle où tous les moyens sont bons pour se sortir de là, encore faut-il en avoir l’envie. Elle a grandi au milieu des disputes et des cris, des regrets, des remords, des insultes, des manques qu’ils soient d’argent ou d’affection. Ceux qui l’entourent sont des désabusés de la vie, des oubliés de la bonne étoile. Elle a eu tout loisir de les observer durant son enfance, elle les appelle « les noyés ».

Heureusement il y a les livres, la seule porte vers un ailleurs, un monde sans limites. Les histoires des autres lui permettent de zapper la sienne. Ils lui permettent d’oublier le tumulte, la haine, le sordide et surtout de patienter, car cette vie-là, celle de ses parents et de ses proches, elle n’en veut pas et elle ne l’aura pas.

L’adolescence est l’âge de tous les rêves, celui de croire que le monde nous appartient. Mais on n’échappe pas à son destin, surtout si celui-ci a été tout tracé, on croit qu’on le maîtrise, qu’on peut se libérer du joug de la fatalité. Mais on choisit le mauvais chemin, c’est celui de la facilité. C’est le chemin qui mène à la haine de son prochain et de soi-même. C’est la plongée dans la drogue, l’alcool, l’argent gagné du désir des hommes qu’elle sait attiser. Son corps comme son âme ne lui appartiennent plus, elle les offre sans contrainte à ceux qu’elle pense être des jouets dans ses mains. Elle se nourrit de la faiblesse des autres, la nature l’a fait naître belle et attirante, ce sera ses armes pour le pire et jamais le meilleur. L’argent gagné, elle le donne à Esba, il la fascine. Sous son influence, elle va se perdre dans une spirale infernale. Ce sera un duo macabre qui chasse sa proie la nuit tombée et dont elle est l’appât, un duo qui s’enrichira à coup de manipulation et tortures. « Le poison de la vie facile s’est installé en moi. Je n’ai pas d’antidote »

C’est un livre coup de poing, un récit percutant et terrifiant. La petite barbare, comme l’ont appelé ses codétenues, se livre sans détours dans ce long monologue. C’est une histoire qui nous met tour à tour en colère, mal à l’aise et nous laisse un goût amer dans la bouche. Elle paye sa dette à la société, la prison est là pour ça, est-ce pour cela qu’elle aura à sa sortie, une autre vision de la société ? C’est un récit noir, réaliste parce que l’auteur n’a pas peur des mots, elle se joue des effets de style. Il s’en dégage pourtant une poésie fascinante qui vous fait frissonner d’effroi. Le Beau est dans le Mal, c’est ce qui nous dérange et nous interpelle dans ce roman. Un premier roman courageux, audacieux et maîtrisé.

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Rédigé par Dominique84

Publié dans #Mes lectures, #Belfond

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