Publié le 22 Janvier 2017

A travers les chorégraphies de Pina Bausch, Clémentine s’ouvre à la vie, s’échappe de la cité lugubre où elle rentre chaque soir après sa journée à l’usine. Barnabé qu’elle finira par appeler Pina, est son phare. Il est tout ce qui la retient à la vie, lui donne la direction. Ce petit être fragile à qui elle a donné vie, lui redonne toute la sève nécessaire pour vivre à son tour. Elle s’y accroche comme elle s’accroche à Pina Bausch. Elle a écumé tous les documents disponibles la concernant, elle sait tout d’elle, elle s’en nourrit, Pina l’aide à vivre alors qu’elle est persuadée qu’elle lui a ôté la vie. “Pina me montre l’horizon” dit-elle


Alors, comment une jeune femme dont la vie n’est pas un conte de fées certes mais pas non plus aussi misérable au point de perdre le fil ténu qui la tient hors de l’eau, voit sa raison s’égarer.

Le roman nous conduit dans les méandres de sa pensée malade, dans sa quête obsessionnelle vers cette célèbre chorégraphe qui est considérée comme l’une des principales figures de la danse contemporaine et du style danse-théâtre. 


Le titre du roman fait référence à un des ballets créés par la chorégraphe, une fumeuse invétérée qui décéda en 2009 à l’âge de 68 ans d’un cancer généralisé. Mais Clémentine est persuadée qu’elle est responsable de sa mort, elle a heurté quelqu’un dans la nuit, au volant de sa voiture, alors qu’elle partait pour la maternité, les contractions se faisaient déjà sentir, elle n’a rien vu, juste senti le choc et vu une cigarette se consumer sur le sol.
Dans un long monologue, l’auteur incarne cette jeune femme à la dérive, ses rêves déçus, ses aspirations refoulées, ses peurs, son abandon. Deux biographies s’enchevêtrent dans le roman, celle de Pina Bausch et celle de Clémentine qui en s’identifiant peu à peu à elle, nous dirige dans la voie sans issue qu’est sa vie.
L’auteur écrit avec une maîtrise époustouflante ce double parcours de deux femmes à la destinée si différente mais aux origines si ressemblantes. Il aborde avec une précision rare et surprenante les souffrances de l’enfantement, la maternité, la danse, la passion. Il maîtrise sa narration  jusqu’à la toute fin imprévisible.
C’est un roman qui marque, qui interpelle et c’est un jeune auteur (tout juste 30 ans) dont on entendra parler dans l’avenir. 

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Rédigé par Dominique84

Publié dans #Belfond

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Publié le 22 Janvier 2017

“Je suis l'Auteur,je suis Elisabeth, je suis Lee, qui suis-je” ? Ces trois phrases tirées du roman pourraient en être le résumé. A cette question, l’auteur tente de répondre à travers la chassé croisé de deux biographies, celle d’Elisabeth et celle de Lee Miller, célèbre photographe américaine dont elle est l’idole inconditionnelle.
Elisabeth a oublié la danseuse talentueuse qu’elle aurait pu ou dû être, au lieu de cela elle sculpte et vit dans un écrin de sécurité, un cocon que son conseiller financier de mari lui offre. Mère d’un enfant, sa vie est comme du papier à musique, elle sculpte, elle a déjà un certain succès, elle est appréciée, sa vie semble être un long fleuve tranquille aux yeux de tous. Mais Elisabeth est en quête d’autre chose, ce quelque chose qui devra l’amener à se surpasser, à se surprendre. Ce qu’elle trouvera aura un effet de dynamite dans sa vie, c’est ce petit grain de sable dans le bel engrenage  de son quotidien, une passion dévorante qu’elle vouera à la photographe Lee Miller. De cette fascination naîtra une obsession qui virera à la folie. 
C’est son histoire que la narratrice choisit de nous raconter, une histoire qui commence par la fin et qui déroule le fil des événements qui nous mène jusqu’à Lee Miller. 
Si ce n’était la présence perpétuelle de la narratrice-auteur aux prises avec son éditeur, les histoires auraient eu un cours agréable mais cette mise en abîme perturbe la narration et j’ai fini par me désintéresser du récit et des différents thèmes traités, notamment celui de la maternité et de la difficulté pour une femme de concilier maternité et création artistique. Un plus cependant pour le dénouement qui déroute parce que totalement imprévisible.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 15 Janvier 2017

On ne parviendra jamais à cerner la véritable personnalité de Weidmann, surnommé le tueur aux yeux de velours qui fut le dernier condamné guillotiné en place publique, c’était à Versailles le 17 juin 1939, Weidmann avait à peine 31 ans.

L’auteur retrace la vie de cet homme, issu d’un milieu bourgeois allemand, élevé “à la dure” par ses grands-parents après le départ de son père du foyer familial, Eugène Weidmann connaîtra plusieurs séjours dans les maisons de corrections dès l’adolescence.

Pour avoir commis plusieurs méfaits, il sera emprisonné et ensuite expulsé en 1932 du Canada où il s’était installé quelques années plus tôt. De retour chez les siens, il se fera offrir une voiture par sa mère prétextant créer une société de taxi. Ce sera une couverture pour commettre ses larcins. Il a notamment l’intention de kidnapper un riche héritier mais il échouera, sera arrêté et condamné à 6 ans de prison. C’est là qu’il fera deux rencontres capitales pour l’issue fatale de sa destinée, celle de deux Français incarcérés pour trafic de devises.

 

Bénéficiant d’une remise de peine pour bonne conduite, Weidmann part les rejoindre à Paris, ceux-ci ayant été libérés avant lui. On assiste alors à une véritable escalade criminelle. Les 3 complices et la maîtresse de l’un d’eux vont se "spécialiser" dans les enlèvements. Weidmann met à son profit son physique avantageux et son pouvoir de séduction pour attirer les victimes. Au total 6 personnes se feront piégées par cette bande démoniaque qui assassine froidement leurs otages après les avoir dépouillés.

 

En théorie, au vu de son casier judiciaire, Weidmann n’aurait jamais dû franchir la frontière franco-allemande mais on sait qu’il a obtenu un passeport par la Gestapo.  Après son arrestation, Weidmann sera suspecté d’intelligence avec les nazis. On le soupçonne d’être un espion à la solde de La Gestapo pour les renseigner à propos des opposants en France au régime nazi.

 

Weidmann restera muet à ce sujet et avouera ses crimes avec une indifférence et une froideur terrifiantes. Les motivations exactes des crimes ne seront jamais vraiment claires, sadisme, peur que les otages ne le reconnaisse ensuite, obéissance aux nazis ? Son impassibilité, son regard doux et lointain, sa façon d’être absent lors de son procès, totalement indifférent à la peine qu’il encourait, les photos de son arrestation que la presse publia durant le procès firent en sorte qu’il devint célèbre et fascina littéralement le public.

 

Qualifié de “dégénéré supérieur” par les psychiatres, Weidmann sera guillotiné le 17 juin 1939 devant la place publique devant une foule en délire, selon les dires de la presse. Afin d' éviter à nouveau ce genre de mouvement de foule qui donnait une mauvaise image de la France à l’étranger surtout en période troublée d’avant-guerre, Edouard Daladier, Président du Conseil, va interdire les exécutions publiques. C’est ainsi qu’Eugène Weidmann entra à sa façon dans l’histoire de la justice française.

Philippe Randa auteur de nombreux romans de science-fiction, de policiers et d’espionnage explore ici toutes les pistes des motivations de l’énigmatique Weidmann dans cette biographie romancée et bien documentée.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 15 Janvier 2017

Quelques mots à propos de l’auteur. Libraire à Toulouse et fondatrice d’une résidence d’écrivains, la maison De Pure Fiction, Isabelle Desesquelles publie son septième roman après notamment “Les Hommes meurent, les Femmes vieillissent” qui avait été sélectionné en 2014 pour le Femina.

 

L’auteur traite des mutations dans le monde contemporain jusque dans les pratiques amoureuses. “ A l’heure de tender, meetic où l’on veut nous convaincre qu’un homme pour la vie, ça n’existe plus, je voulais écrire la possibilité de l’amour” dit-elle. “Les mots absolu, romantique peuvent faire sourire”. La plupart des gens veulent rencontrer l’amour pour ne pas être seuls mais une fois en couple combien se retrouvent encore plus seuls ?

 

L’amour au rabais n’intéresse pas Alexandre, il aime ce qui est grand, beau, absolu, toujours en quête d' idéal. A 30 ans passés, il a le CV amoureux d’un nouveau-né.

Puis il y a Rosalie qui fuit la moyenne, la norme, elle veut s’imposer, être libre, se défaire du joug de son enfance. Elle ne peut se contenter de rencontres nécessaires pour ne pas dire utiles. Elle cherche un tout.

Tous deux ont le même idéal, ils espèrent faire la rencontre qui échappera aux plans mensongers des sites de rencontre, celle que le hasard mettra sur leur route, celle qui sans l’expliquer fera vibrer leur coeur et leur corps tout entier. Alexandre a grandi dans un cinéma d’art et d’essai, a été nourri de phrases culte du cinéma sur lesquelles l’auteur a construit son histoire.

 

Un roman qui décortique avec finesse le sentiment sous toutes ses formes, qu’il soit filial, amical et amoureux. La recherche de l’absolu est la quête d’une vie. Est-ce raisonnable ? l’auteur vous propose sa réponse…

Quand on lui demande comment elle décrit le style de ses romans, elle précise : “Un mot majeur : sincérité” “Dire les choses sans fard, et en même temps faire sourire. Le titre, un peu provocateur, contient ça”.

 

Source : http://www.journal-laroulotte.fr/isabelle-desesquelles-ecrivaine/

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 10 Janvier 2017

 

Un roman historique qui nous plonge au coeur du XVIIIe siècle, une époque charnière de l’histoire et de l’histoire de la musique. Le destin de l’opéra en France bascule avec l'arrivée de Gluck appelé en France par la reine Marie-Antoinette. N'oublions pas que la musique est comme le miroir d'une société.

 

L’histoire d’Adélaïde de Villars, condamnée au couvent par son père après avoir été séduite et abandonnée est à l’image de cette fin de siècle, un siècle d’émancipation, de désir de liberté. Grâce à la musique et à ses talents de chanteuse d’opéra, Adelaïde échappera au couvent à vie en trouvant refuge à l’Académie royale de musique, où les femmes sont sous la seule autorité du roi. La bonne fortune lui permettra de très vite connaître le succès et c’est ainsi que, sous le nom de Mlle Beaumesnil, elle va véhiculer dans un monde où la musique est reine. Elle devra cependant affronter les pires rivalités, l’opéra étant aussi un nid d’intrigues ; elle connaîtra moult mésaventures mais gardera toujours foi en la musique qui sera toute sa vie. Elle accomplira son rêve, celui de composer.

Notons la belle première de couverture du roman qui nous emmène dans les couloirs du temps des salons de musique, c'est un détail du tableau du peintre Jean Carolus, “Le récital”.

 

Quelques mots à propos de l'auteur :

Née dans une famille où tous cultivent les gènes de la musique, du chant et de la danse, premier prix de chant et de piano de la Ville de Paris, soeur du pianiste Alexandre Tharaud qui compte parmi les plus brillants pianistes français contemporains, Virginie Tharaud est elle-même chef de choeur, professeur de piano.

 Ce livre sera un ravissement pour tous les passionnés de musique, d’opéra et d’histoire

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 8 Janvier 2017

 

C’est un magnifique roman qui traite du douloureux thème des secrets de famille, des non-dits et de la filiation. Ce sont deux histoires parallèles à 2 époques différentes qui s’entremêlent au fil du récit, avec un seul fil conducteur, la quête de la vérité, d'une identité.

il y  a l’histoire de Marcello qui a pris la décision de quitter les siens, sa femme, son fils, ses amis  peu de temps après son retour de captivité, en 1946.  Après 4 années passées loin de chez lui, il ne s’était pas imaginé un tel retour. L’absence lui avait-elle  fait idéaliser tous ceux dont il était séparé ? C’est vrai que la guerre l’avait transformé mais ce qu’il avait appris à son retour était pire que tout ce qu’il avait imaginé. Il n’avait vu qu’une issue, qu’un choix possible, fuir loin de sa famille, de sa femme et même de son fils, qui n’était peut-être pas le sien.

C’est ainsi que le livre débute, Marcello embarque pour un long voyage qui va l’amener à Saïgon. Durant la longue traversée,  il écrit sur douze cartes postales, douze chapitres de sa vie et les adresse à son ami de captivité Charles.

C’est du Laos qu’il écrira sa douzième carte, une carte  qui annonce le début d’un véritable échange épistolaire entre lui et son ami et qui arrivera par hasard dans les mains de Luc,  60 ans plus tard. Le jeune Luc qui tente, aidée de sa compagne Louise la brocanteuse, de trouver un sens à sa vie. Il lui faut, pour vivre en paix, découvrir la véritable  identité de son grand-père. Qui est son grand-père, celui dont il porte le nom et dont le passé durant la guerre ne peut que lui faire honte ou bien est-ce Marcello, cet homme qui se sentant trahi par les siens à fui au Laos dès son retour de la guerre ?

La réponse est dans ces cartes, dans la correspondance que Marcello échangera avec son camarade de guerre et surtout chez sa grand-mère dont il réalisera que toute sa vie, elle a tenté de “tenir la bride au destin” “de réparer le mal qu’elle avait fait en séduisant Marcello, ce fils d’immigré italien”. Mais rien n’est simple quand il s’agit d’affronter la vérité...

Une histoire émouvante, une histoire qui nous replonge dans les heures sombres de la dernière guerre, dans la souffrance de tous ceux pour qui la guerre s’est achevée non dans les camps de captivité et pour qui le retour parmi les leurs allait représenter une épreuve de plus. L’auteur s’appuie sur la trame romanesque pour retracer un pan d’histoire de notre pays, le retour difficile de tous ces prisonniers meurtris dans la chair comme dans l’âme, une époque charnière de reconstruction. Il y retrace aussi l’histoire de l’Indochine et de la fin de la colonisation.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 5 Décembre 2016

Alain Leblanc, journaliste, critique et scénariste se propose de nous raconter en 3 tomes et à travers le destin de deux familles, le combat des femmes durant un siècle pour s’imposer dans une société qui ne connaissait pas la parité, une société gouvernée par les hommes et pour les hommes.

Dans le 1er tome, c’est l’histoire de Clémence qui nous est racontée, fille rejetée par son père et sa mère parce qu’elle a eu la mauvaise idée de naître fille par une belle matinée de printemps 1890.  Clémence avait grandi entre un père tyrannique et une mère asservie, son existence était niée, on ne se préoccupait nullement de ses capacités intellectuelles, son destin de fille était tout tracé, elle servirait un mari qu'on lui imposerait.

Elle s’était cru émancipée quand elle fut embauchée au service comptabilité de la fabrique de son père mais c’était un leurre, les femmes étaient sous-payées, ne pouvaient accéder à aucun poste à responsabilité et en ce qui la concernait ce travail n’était qu’en attendant qu’on lui trouve un mari à qui elle déclara le jour de ses noces “Je vous épouse sous la contrainte mais, sachez-le, je ne vous aimerai jamais”  “Ma chère, ceci est le cadet de mes soucis” avait répondu son époux ! Les femmes n’ont qu’une fonction, assurer la survie de l’espèce !

Avec la guerre et le départ au front de son mari, Clémence connaîtra ses premières semaines de femme libre. Pas d’autres choix alors pour ces femmes de remplacer leur mari parti à la guerre.

Et même si Clémence évolue dans une société en reconstruction,  la femme n’a encore qu’une place mineure en ce début de siècle.

A travers la vie de Clémence, l’auteur nous montre à quel point vivre libre pour une femme c’est vivre dans le perpétuel combat. La femme devra se libérer des chaînes d’une  société machiste où “la moindre revendication féministe est considérée comme une atteinte aux bonnes moeurs”.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 5 Décembre 2016

C’est le dernier volet d’une trilogie qui a débuté l’année dernière avec “Le maître des Apparences” et ensuite “Le choix de Betty”. 3 protagonistes se partagent l’histoire de cette trilogie : Dans “Le maître des Apparences”, nous faisions la connaissance de Sir Edwards Feather, alors âgé de 80 ans, il déroulait le fil de sa longue vie.  Le roman s’articulait autour des souvenirs d’Eddie, son enfance coloniale, sa carrière d’avocat international à Hong Kong, sa rencontre avec celle qui allait devenir sa femme, Betty, ses amis, ses ennemis dont le plus féroce était l’avocat Terence Veneering .  

Le deuxième roman intitulé “Le Choix de Betty” tissait la même histoire mais du point de vue de sa chère femme Betty, orpheline dans les camps japonais et jeune fille non conformiste. Betty a ses propres passions secrètes et ce n’est pas un hasard si Veneering, le rival détesté d’Eddie au barreau, exerçait sur elle une puissante attraction.

Dans ce dernier volet, la parole est donnée à Veneering, le grand rival d’Eddie au travail comme en amour.

Jane Gardam construit ses personnages avec une bonne dose d’humour noir mais toujours beaucoup de tendresse. Elle sait nous les rendre attachants, humains dans leurs défauts et si  grands dans la façon qu’ils ont de dépasser les obstacles même celui de la vieillesse ennemie.  

Saupoudré d’un humour typiquement british, l’histoire de ces trois personnages s’attache à décrire le sort de ceux qu’on appela les “orphelins du Raj” qui furent séparés de leur famille et qui finalement ne se sont jamais vraiment sentis chez eux dans leur mère patrie.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 28 Novembre 2016

Émus et bouleversés, nous poursuivons au fil des pages l’histoire d’une femme sortie involontairement de l’anonymat, une femme dont le courage nous impressionne et dont le style littéraire nous éblouit.

C’est le plus intense moment de lecture que j’ai jamais eu.

 

 

“L’homme de ma vie et le père de mes enfants est mort sous les balles des terroristes. Je viens de passer une nuit avec cette nouvelle dont je ne sais que faire….

Je me rends à l’Ecole militaire, où l’on reçoit les familles.

Mon fils dort encore, je pose la main sur mon ventre pour sentir ma fille. Le soleil se lève sur la ville, toute la beauté du monde n’a pas disparu.

Je me redresse, j’essuie les larme qui coulent sur mes joues.

Les suivantes ne sont déjà plus les mêmes, qui doucement font naître la décision la plus importante de mon existence : Je vais continuer à vivre.

Je lui dois bien ça, je nous dois bien ça.

Nous serons heureux”.

 

C’était au soir du 13 novembre 2015, Matthieu assistait au concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Il y était allé sans conviction, simplement heureux de savoir qu’Aurélie, sa compagne enceinte de 5 mois, profiterait de ces quelques heures de “célibat” bien au chaud sous la couette. Il avait embrassé son fils Gary âgé de 3 ans, lui avait chuchoté “à demain” et s’en était allé pour toujours.

La nouvelle tombe comme un couperet sur cette famille, la peine est trop forte pour crier vengeance, crier à l’injustice, à la mauvaise fortune. Le fait est là, Matthieu ne reviendra pas, il faudra vivre, continuer à vouloir vivre.

Dans ce récit bouleversant, Aurélie Silvestre raconte son “après”, son courage pour combattre la tristesse et le désespoir. Elle rend hommage à tous ceux qui l’ont entourée, sa famille, ses amis et son fils Gary, qui du haut de ses 3 ans, comprend qu’il devra apprivoiser le manque, l’absence et accepter que l’inattendu n’est pas toujours porteur de bonne surprise.

 

Le départ de Matthieu est la rupture définitive avec leurs habitudes, plus rien ne sera pareil, ce sera autrement, c’est tout et il faut l’assimiler.

 

Aurélie a 35 ans, elle est veuve et va donner vie à Thelma, l’enfant qu’elle portait quand Matthieu est parti. Elle refuse d’être une victime, c’est Matthieu la victime, l’homme qui ne verra pas grandir son fils, qui ne verra jamais sa fille, celui qui ne vit plus.

 

Ce récit est un véritable hymne à la vie, à l’amour, un recueil de souvenirs qu’elle dédie à ses enfants pour qu’ils sachent qui était leur père, comment ils s’étaient rencontrés, combien ils se sont aimés. Matthieu n’est pas mort, il est vivant dans ses souvenirs, dans cette trace indélébile que sont les mots qu’elle a utilisés pour nous le raconter.

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Rédigé par Dominique84

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Publié le 26 Novembre 2016

Ou selon la pièce de Bertolt Brecht, la résistible ascension  de Joseph Joinovici à Paris, pendant les heures sombres de l’occupation.

 

Henry Sergg, de son vrai nom Serge Jaquemard, a écrit une multitude de romans policiers et de romans d’espionnage. Il signe quelques biographies sous le nom d’Henry Sergg comme celle du Docteur Petiot et celle de cet homme sans scrupules qui s’est enrichi en dénonçant, pillant et revendant les biens de centaines de juifs pendant l’Occupation bien que juif lui-même.

Ce roman d’une vie a été déjà publié en 1986 aux Editions Fleuve Noir, Collection “Le Carrousel”

 

Se sortir du réduit sordide (six mètres carré) du bidonville de Saint-Ouen où il vit, le lieu des voyous, les déserteurs, des bagnards, des assassins, se démarquer de tous les Polonais, les Italiens, les Belges, les Espagnols, tous ces migrants venus repeupler la France après le séisme de la Première Guerre Mondiale voilà le seul but de Joseph Joinovici, russe de confession juive débarqué à Paris depuis peu. Sa détermination farouche de se sortir de cette misère noire et grimper dans l’échelle sociale va le conduire à agir sans scrupules usant et abusant du principe de Machiavel, la fin justifie les moyens.

C’est ainsi qu’il faudra à ce parfait analphabète moins de deux années pour s’emparer d’une entreprise de chiffons et de ferraille à celui qui avait eu pitié de lui et l’avait embauché alors qu’il était dans la misère. Sa situation s'améliore si bien qu’il fait venir et son frère et sa femme en France, ses affaires prospèrent, on l’appelle dorénavant “Monsieur Joseph”. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate, le petit serrurier de Kichinev, l’immigrant famélique dans son réduit sordide de la Zone de Saint-Ouen, s’est transformé en maître espion jouant le double jeu “ à la solde des Soviétiques et au service du IIIe Reich. Sa cupidité n’a pas de limite. Avec une enveloppe bien remplie, on transforme son Etat Civil, il rayera sa judaïté pour devenir orthodoxe car même s’il a les Allemands à sa botte, il reste prévoyant. Rassuré, il se lance à fond dans la collaboration économique, livrant quotidiennement plus de cent tonnes de métaux aux nazis. Il amasse petit à petit une fortune colossale et cet argent va lui servir à entretenir de nombreuses relations de tous bords et dans la haute sphère politique. Il fournit l'Allemagne en métal, soudoie les Nazis, finance la Résistance, et fournit peut-être aussi des informations au renseignement soviétique. Il va même jusqu’à obtenir le titre d' “aryen d’honneur” puis ensuite sentant le vent de la victoire française venir, se faire passer pour un résistant en arrosant de son argent sale les hommes influents dans le milieu de la Résistance.

Ce récit est bien plus qu’une biographie, il nous replonge dans les heures sombres de l’histoire où le Mal règne, le sordide vit au grand jour, l'ignominie est à son comble. C’est le règne des voyous, des hommes sans scrupules animés par une soif de pouvoir et d’argent insatiable. L’auteur de sa plume musclée et sans langue de bois nous dépeint la noirceur de certains êtres, une histoire qui dépasse la fiction. Terrifiant !

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Rédigé par Dominique84

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