Publié le 16 Novembre 2015

Paula McLain "L'aviatrice", Ed. Presses de la Cité,

4 septembre 1936, équipée d’une flasque de brandy dans la poche latérale de sa combinaison de vol, une carte où est dessinée sa route au-dessus de l’Atlantique, un ciel menaçant et la peur au ventre, c’est ainsi que Béryl Markham, alors âgée de moins de 30 ans, s’apprête à traverser l’Atlantique seule à bord de son avion.

« Je suis maîtresse de mes réflexes, ainsi que de ma machine, mais au-delà il y a une chose plus mystérieuse et essentielle : mon ambition depuis toujours d’écrire mon nom dans le ciel au moyen de cette hélice, de ces ailes tendues de toile laquée, pendant 36 heures dans le noir ». Et durant ce vol, ces heures de noir, au milieu des orages et des éclairs, elle se remémore le pays où elle est née une deuxième fois en 1904, le Kenya.

2 ans après leur arrivée en Afrique, ses parents se séparent. Sa mère les abandonne elle et son père, Béryl n’a pas encore 5 ans. « Je ne savais pas comment oublier ma mère, pas plus que mon père ne savait me consoler ». Sentant la détresse de cette petite fille, les natifs de la tribu Kipsigi l’entourent de toute la tendresse possible ; elle lie une amitié très forte avec un jeune garçon de la tribu qui lui apprend alors tout ce qu’on apprend aux garçons, fabriquer des pièges, la chasse, maîtriser sa peur face à un animal sauvage. Tandis que son père devenait un éleveur de chevaux pur-sang de renom, Béryl parvient à grand mal à étouffer le manque d’une mère.

Elle vivait même le parfait bonheur jusqu’au jour où son père décida d’engager une gouvernante pour lui apprendre les bonnes manières, celles de son rang. S’en était fini de la liberté pour la sauvageonne avec en prime, le départ pour l’école de Nairobi d’où elle fut renvoyée au bout de 2 ans seulement.

Entre temps la guerre avait éclaté et beaucoup d’hommes s’étaient engagés dans les fusiliers africains du roi, devenant les soldats de la Couronne. Elle n’avait que 16 ans quand son père, dont l’élevage périclitait, décida de partir au Cap. Afin de ne pas quitter son paradis terrestre, elle n’eut pas d’autre alternative que d’épouser un riche propriétaire terrien voisin. Mais son mariage se révèle être très vite un échec et afin de reconquérir une liberté qui lui est vitale, elle passe son examen et devient la 1ère femme entraîneur de chevaux.

Au cours d’une soirée, elle fait connaissance de celui qui restera l’homme de sa vie, Denys Finch Hatton, l’amant de son amie, la romancière Karen Blixen. Sa vie jugée trop scandaleuse par l’ensemble des colons, elle s’éloignera peu à peu de ce petit monde de bavardages futiles et médisants. Et elle se lance un nouveau défi, piloter un avion. « Piloter, c’est se libérer de tous les liens qui vous retiennent de vivre pleinement. Là-haut, aucune barrière ne vous empêche d’aller de l’avant. L’Afrique se déploie sous votre appareil. Rien ne vous retient, rien ne vous interdit d’aller plus loin ».

En 1931, elle devint la 1ère femme à obtenir le brevet de pilote professionnel. Celle qu’on qualifia de « libertine », « non-conformiste » fut la première aviatrice à accomplir un vol transatlantique en solitaire. Elle n’a pas 30 ans.

Une longue et pleine vie pour cette femme en avance sur son temps et pour qui la liberté était mot d’ordre. Rien ni personne ne la fit céder, elle n’eut de « faiblesse » que pour l’amour de son pays, l’Afrique. L’auteur, qui a imaginé cette fiction à partir de vrais éléments connus de la vie de l’héroïne, sait avec de longues descriptions détaillées nous plonger dans la chaleur de l’Afrique au temps révolu des colons, dans ces superbes paysages inédits. Un vrai dépaysement !

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Rédigé par Dominique84

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